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Vous êtes ici pour suivre les Aventures Phobiques de Léo et découvrir Abluotophobie… C’est quoi ?
Je partagerai ici les avancées de la BD, des images, des infos et parfois quelques surprises.
Installez-vous bien, l’aventure commence maintenant !
LÉO
A quinze ans, bientôt seize, cet âge bancal où on est officiellement « grand » mais où tout, dans le corps, semble encore en chantier. Silhouette fine, un peu trop maigre, épaules légèrement tombantes, il marche comme s’il essayait de prendre le moins de place possible dans le décor. Son visage a gardé des traces d’enfance : un menton doux, un nez discret, des lèvres qui se crispent dès que l’angoisse monte.
Ce qui frappe d’abord, ce sont ses yeux bleus. Un bleu net, qui accroche la lumière et trahit tout ce qu’il essaie de cacher. Quand il dort mal – c’est‑à‑dire souvent – des cernes viennent ternir ce bleu, mais dès qu’il rit ou qu’il se détend, ils s’éclaircissent comme si quelqu’un avait monté le contraste. Ses cheveux, châtain soutenu, tombent en mèches épaisses autour de son front. Au début de l’histoire, ils sont souvent lourds, un peu gras, souvenirs visibles de toutes ces douches esquivées. Plus tard, quand il recommence à affronter l’eau, ils gagnent en volume, en légèreté, comme si sa tête respirait enfin.
À la maison, il traîne en marcel un peu trop grand et en boxer ou pyjama à motifs, parfois tellement kitsch que ça arrache un sourire à qui le surprend ainsi. Pour sortir, il a son uniforme …sweat à capuche gris trop large, jean sombre, baskets usées. Il ne cherche pas à être à la mode ; il cherche juste à se fondre dans le paysage, à devenir flou dans le fond, surtout les jours où il a peur que son odeur parle avant lui.
Dans sa tête, pourtant, ça va vite. À presque seize ans, il observe tout : les regards des autres, les micro‑silences, les blagues qui piquent. Sensible, anxieux, il possède un humour discret, souvent tourné contre lui-même, qu’il garde pour ses pensées ou ses carnets. Sa phobie ne fait pas de lui un fainéant, mais un combattant silencieux : chaque pas vers la salle de bain, chaque goutte d’eau sur sa peau, c’est une mini‑victoire que personne ne voit vraiment. Et c’est là que se cache sa vraie force.
La nuit enveloppait Jullouville comme un vieux drap trop lourd… celui qu’on aurait oublié depuis longtemps au fond d’un grenier humide. Sauf qu’ici, le drap n’était plus blanc : il tirait vers le vert sombre, avec des reflets bleutés, comme une algue géante tombée du ciel. La brume roulait dans les rues en nappes épaisses, vert de bouteille par endroits, bleu pétrole à d’autres, jusqu’à grignoter les façades une à une.
Les lampadaires allumés ressemblaient à de petites lanternes ambrées suspendues dans un aquarium. Leur lumière jaune-orangé se perdait dans ce brouillard vert-de-gris, dessinant des halos laiteux qui vibraient au moindre souffle de vent. Au fond, la silhouette du clocher émergeait à peine, noyée dans un dégradé de turquoise sale et de rose très pâle, comme si le coucher de soleil avait été mélangé avec trop d’eau sur une palette.
Les maisons, elles, se contentaient de se laisser avaler par cette soupe de couleurs étranges. Les fenêtres n’étaient plus que des taches sombres sur un mur qui hésitait entre le bleu nuit et le vert profond. Les pavés luisaient légèrement, reflétant les nuances troubles de la brume.
Quelque part derrière l’une de ces façades, une fenêtre était restée entrouverte. On devinait une forme sous une couette, une chambre encore éclairée d’une lueur discrète. Il y avait là quelqu’un qui respirait tout doucement, en essayant de ne pas trop remuer l’air. Dehors, la nuit étouffante s’installait sur Jullouville. Dedans, une autre sorte de lourdeur flottait aussi, bien plus tenace qu’un simple brouillard.